Accéder à l'en-tête Accéder au contenu principal Accéder au pied de page

Quand le cœur y est, mais que la mécanique coince

focus sectoriel

Si l’on regarde la surface, tout semble tenir. Avec une moyenne globale d’engagement de 62,6 % tous secteurs confondus, le monde du travail en 2025 affiche une résilience surprenante. Pourtant, l’analyse détaillée des milliers de réponses collectées pour notre étude EmployeesIndex® révèle une fracture inédite.

Nous assistons à l’émergence d’un “schisme collaborateur”. D’un côté, une satisfaction forte liée à la proximité (le métier, l’équipe, le manager). De l’autre, une défiance grandissante envers la “mécanique” de l’entreprise (la stratégie, la rémunération, les décisions).

Plongée au cœur d’un paradoxe qui redéfinit les priorités RH de demain.

Le “Refuge du Micro-Climat” : Pourquoi les salariés restent

C’est l’enseignement le plus rassurant de cette année : le socle humain est solide. Dans un monde extérieur perçu comme instable (géopolitique, inflation, technologie), l’équipe de travail est devenue un sanctuaire.

La sécurité et le lien social comme remparts

Dans la quasi-totalité des secteurs, les indicateurs liés à l’environnement immédiat sont au vert.

  • Dans le BTP et l’Énergie, le sentiment d’évoluer dans un “environnement sûr et sain” frôle l’excellence (respectivement 87,3 % et 93,1 %). La culture de la sécurité n’est plus une contrainte, c’est un acquis culturel fort.

  • Dans les Services, l’IT et les Médias, c’est la qualité des relations humaines qui prime (souvent au-delà de 80 %). On ne travaille plus seulement pour une marque, on travaille pour ses pairs. Cette “loyauté horizontale” (envers les collègues) est aujourd’hui plus puissante que la “loyauté verticale” (envers l’entreprise).

L’éthique du métier : le dernier bastion du sens

Autre point de satisfaction majeur : la fierté du travail bien fait. Les collaborateurs valident massivement l’éthique de leur entreprise envers les clients et fournisseurs. C’est particulièrement frappant dans la Finance ou les Biens de Consommation. Tant que le collaborateur a le sentiment de ne pas “tricher” avec son client, son engagement métier reste intact.

La “Boîte Noire” : L’opacité structurelle qui mine la confiance

Si le moteur tourne rond sur le terrain, la courroie de transmission avec la direction semble grippée. Dès que l’on quitte la sphère du quotidien pour aborder les sujets structurels, les scores s’effondrent, chutant parfois de 30 à 40 points par rapport aux items d’ambiance.

Le salaire : une incompréhension plus qu’une insatisfaction ?

La rémunération est l’irritant numéro un transversal (souvent sous les 45 % de satisfaction). Mais l’analyse des verbatims et des données connexes suggère que le problème dépasse le simple montant net. Dans des secteurs comme le Commerce ou l’Industrie, c’est l’illisibilité qui domine. Les collaborateurs ne comprennent pas la corrélation entre leurs efforts et leur fiche de paie. L’absence de pédagogie sur les mécanismes de rétribution (avantages, primes, participation) transforme la rémunération en une “boîte noire” génératrice de frustration.

Le brouillard stratégique

L’autre grand perdant de 2025 est la variable “Compréhension de la prise de décision”.

  • Dans l’Audit, pourtant un métier d’analyse, ce score tombe à 41,2 %.

  • Dans l’Automobile, secteur en pleine mutation technologique, il plafonne à 46,1 %.

Ce déficit de sens est dangereux. Les collaborateurs voient les changements s’opérer (rythme du changement souvent bien noté), mais ils n’en comprennent pas les arbitrages profonds. Ils se sentent passagers d’un véhicule dont ils ne voient pas le tableau de bord.

Disparités Sectorielles : Ce que les écarts disent de notre économie

L’EmployeesIndex® 2025 agit comme un sismographe de l’économie française. Les écarts de performance entre secteurs ne sont pas anecdotiques, ils sont structurels.

Le cas d’école du Juridique : L’alignement total

Le secteur Juridique / Règlementaire surperforme de manière spectaculaire (+18,4 points vs global). Pourquoi ? Parce qu’il réussit la fusion entre le sens individuel et le projet collectif. La confiance dans la direction y frôle les 90 %. C’est la preuve que lorsque la vision est claire et partagée, les questions de rémunération (bien que présentes) deviennent moins bloquantes.

Le cri d’alarme de la Santé

À l’opposé du spectre, le secteur Santé / Chimie (-15 points) illustre le risque de “burn-out structurel”. Si l’utilité du travail est reconnue, elle ne suffit plus à compenser des conditions dégradées. Avec un score de sécurité/environnement à 40 % (le plus bas du classement), le secteur envoie un signal d’urgence : la vocation ne peut pas indéfiniment pallier le manque de ressources et de protection.

L’IT et le Conseil : Les élèves modèles… mais fragiles

Ces secteurs restent des locomotives de l’engagement (+5 à +6 points vs global) grâce à une culture “People Centric” très mature. Cependant, attention au talon d’Achille : la lisibilité du “total reward”. Dans ces métiers où les talents sont volatils, la guerre des salaires ne suffira plus si les avantages et les décisions ne sont pas mieux expliqués.

L’impératif 2025 : Devenir une entreprise “Lisible”

Face à ce constat, la réponse ne peut pas être uniquement financière ou événementielle. Pour 2025, le défi des DRH et des dirigeants est de restaurer la lisibilité.

L’entreprise doit devenir transparente sur sa mécanique interne :

  1. Objectiver la rétribution : Il faut passer d’une logique de “distribution” à une logique d’explication. Détailler le “package” complet, expliquer les grilles, justifier les écarts.

  2. Démocratiser la stratégie : La communication interne ne doit plus se contenter d’annoncer les décisions, elle doit en expliquer la genèse. Le “pourquoi” est devenu aussi important que le “quoi”.

  3. Simplifier l’expérience collaborateur : Les avantages sociaux, souvent nombreux mais méconnus (notamment dans les grands groupes industriels ou de transport), doivent être repensés par l’usage et non par le statut.

En conclusion, l’engagement de 2025 ne se décrète pas par des promesses de bonheur au travail. Il se construit par la preuve et la clarté. Les collaborateurs sont prêts à s’engager (les scores de fierté le prouvent), à condition que l’entreprise leur donne les clés pour comprendre les règles du jeu.

Pour aller plus loin

Découvrez juste ici les classements de notre Focus sectoriel 2026 !

Vous êtes intéressés pour en savoir plus ou découvrir comment obtenir une certification ChooseMyCompany ? Contactez nous !

Rejoignez aussi notre communauté sur LinkedIn pour suivre en direct nos classements, études et insights RH.