Eloge de la flânerie en entreprise

flanerie

Je me permets de citer ce billet de Norbert Alter, professeur à Paris-Dauphine, sociologue du travail, co-directeur du Master Management, travail et développement social.

Il souligne le caractère fondamentale de la coopération entre les salariés, qui passe également par des moments de « flânerie ».

Droit à la flânerie !

« Au-delà de la nécessité de gagner sa vie, le travail prend du sens dans la mesure où il crée du lien social avec les autres. Le  problème, aujourd’hui, est que l’entreprise, soumise à l’impératif d’urgence économique, laisse moins de temps et d’espace à l’entretien des liens sociaux.

L’éthique, quant à elle, est la morale de l’action. Cette question se pose au salarié quand il dispose de moins de temps pour accomplir un travail de qualité, conforme par exemple au respect du bel ouvrage ou du client. Elle se pose aussi au manager, en tension entre l’efficacité et le respect de ses collaborateurs, de ses fournisseurs…

Indispensable à l’efficience d’une entreprise, la coopération entre les personnes allie les deux notions de sens et d’éthique. Elle repose sur des échanges entre collègues de savoirs, de savoir-faire, de représentations du monde, de réputations, d’alliances, de croyances, de soutiens affectifs…
Ce qui permet ces échanges n’est pas forcément l’équilibre entre ce qui est donné et ce qui est reçu, mais plutôt une mise en confiance entre les personnes, supposant elle-même l’existence de liens sociaux forts.

La crise actuelle – qui se traduit par une aggravation des risques psychosociaux et du stress en entreprise – provient en grande partie du relâchement de ces liens sociaux, faute de temps et de culture managériale ! Pour les renouer, puis les entretenir, il faut savoir en apparence « perdre du temps » : bavarder autour d’un café, participer à des réunions qui semblent inutiles mais qui représentent de véritables investissements.

Contrairement à Taylor qui considérait que la flânerie est coûteuse, la gestion d’entreprise, ouverte aux sciences humaines, doit à nouveau redonner une place à ces moments informels d’échange. Acceptons la flânerie comme un moyen de reconstruire du lien social ! »

Source Newsletter Dauphine Mai 2011

Qu'est-ce qu'une entreprise éthique ?

Aujourd’hui, on m’a posé cette large et difficile question. Comment y répondre simplement ?

Comme j’y ai réfléchi un peu, j’avais envie de vous soumettre ma réponse.

Pour moi, une entreprise éthique, c’est une entreprise qui ne place pas le profit en tant que finalité.

Car placer le profit au dessus de tout le reste conduit inévitablement, à un moment ou à un autre, et avec la meilleure volonté du monde, à des arbitrages non éthiques.

L’exemple le plus criant est celui de la spéculation financière.

Le profit doit simplement être le moyen de développer toutes les parties prenantes de l’entreprise : salariés, clients, actionnaires, environnement, société…

Autrement dit, le moyen de développer l’Homme.

Car le développement de l’Homme est la réelle finalité de l’entreprise.

C’est uniquement l’acceptation de ce principe général qui permet de dire si une entreprise est éthique ou non.

Ensuite, on pourra toujours discuter de pratiques éthiques (chartes éthiques, projets de solidarité, équité salariale…).

Mais la somme des pratiques éthiques d’une entreprise ne fait pas nécessairement d’elle une entreprise éthique.

C’est déjà bien. Mais ce n’était pas la question.

Bosch. Condamnation pour discrimination raciale et sexiste.

Jamais un tribunal français n’avait admis un tel nombre de discriminations, raciale et sexiste, dans une entreprise.

Le conseil de prud’hommes de Lyon a condamné vendredi 20 juin 2008, Bosch France pour avoir ralenti la carrière de 7 de ses salariés en raison de leurs origines ethniques et sexuelles.

Les dommages et intérêts sont de 10 000 euros pour 2 salariés, et 5 500 euros pour les autres.

Les juges condamnent l’entreprise à repositionner trois des plaignants à l’échelon supérieur…

La comparaison statistique de chaque plaignant avec ceux de Français métropolitains entrés la même année, au même niveau a fait apparaître que les salariés d’origine africaine et de départements d’outre-mer, ainsi que les femmes, semblaient pénalisés. (Source: liberation.fr).

Voici un jugement qui ouvre la voie à quantité de procès en France !

L’assainissement d’une situation héritée du passé est indispensable, soit.

Mais comment préparer un avenir plus équitable sans donner aux DRH les moyens de mesurer la représentativité ethnique ? Et puisque les juges fondent leurs jugements sur des méthodes statistiques, pourquoi les refuser à ceux qui gèrent la ‘vraie vie‘ des salariés; ceux qui, justement sont les garants de l’équité dans l’entreprise ?

La CNIL interdit toujours la prise en compte de critères ethniques dans le suivi de la carrière des salariés. Souhaite-t-on réellement lutter efficacement contre les discriminations ou continuer à réagir brutalement après coup ?

Danone. Critères éthiques dans le bonus des cadres.

Danone modifie l’assiette des bonus des dirigeants.

Les critères financiers sont réduits. Les performance sociale et environnementales sont désormais valorisées.

« L’économique », « le management » et « le sociétal » sont les trois grands facteurs qui impactent de manière identique le bonus de 900 dirigeants.

L’objectif « sociétal » est défini par les Ressources Humaines, il couvre notamment la réduction de quantité de CO2 et la consommation d’eau. Le facteur « management » comprend, par exemple, la mesure du taux d’accident de travail ou le nombre d’heures de formation de l‘équipe.

Cette pratique est une réelle innovation, a l’heure ou la quasi totalité des entreprises rémunère leurs managers selon des critères exclusivement économiques.

Cette politique salariale accompagne naturellement une nouvelle génération de managers, qui désormais revendique, que le seul développement économique, n’est plus suffisant.